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17 octobre 2013 4 17 /10 /octobre /2013 18:00

Fille qui fuit

 

Descendant les sentiers il chantait à tue-tête,

Mais les pierriers souvent jouaient les trouble-fêtes ;

Nous aurions tout donné pour savoir survoler

Ces tonnes de cailloux qui manquaient de rouler.

L’homme éclatait de rire et donnait de la voix,

Racontant de héros les bibliques exploits.

Ses discours apaisaient bien peu la compagnie,

Tant la peur de tomber nous restait infinie.

Insufflant son courage à la troupe soucieuse,

Il chassait nos frayeurs en les rendant odieuses,

Mais l’angoisse est tenace et tous auraient parié

Que chacun d’entre-nous dans son âme priait.

Grand Dieu, loin de nous l’idée de nous recueillir,

Il fallait avancer, nul ne devait mollir !

Il prenait alors l’air d’un prêtre qui sermonne

Une blonde assemblée de têtes polissonnes :

Il devenait Moïse et nous, peuple d’Egypte,

Nous nous sentions plus seuls qu’un tombeau dans sa crypte !

Essayant d’allumer la bravoure alentour,

Nous parlant de déserts, de foi, des anciens jours,

Il racontait sans fin d'impossibles histoires,

Qu’effrayés nous eussions certainement dû croire…

 

Agrippés à un sac, saisissant notre chance,

Nous fuyions le pays, on s’échappait de France.

N’ayant plus qu’un passeur pour unique famille,

Quelques pleurs essuyés pour que nos regards brillent,

On se terrait le jour, on avançait de nuit,

Nos petits cœurs battant sous la lune qui luit…

Les montagnes s’offraient à ce troupeau martyr

Comme un immense Eden dont nul ne peut sortir.

Sur des chemins de croix pour anges anxieux,

En nos coeurs convaincus de n’être jamais vieux,

Chaque pente amplifiait l’impérieuse envie

D’oublier le vertige et de rester en vie.

On se parlait très peu, on ne se parlait pas !

L’un pensait à sa mère, un autre à son papa,

Et chaque heure passée, chaque sommet gravi,

Nous faisaient entrevoir notre bonheur ravi…

Ne nous plaignant de rien, on souffrait de partout,

Nos âmes saignant plus que nos pieds des cailloux.

On nous avait tout pris, l’enfance, nos parents,

Nous restaient-ils encor, d’ailleurs, des sentiments ?

Mais aujourd’hui encore, émue, j’aime à songer

Au soldat allemand qui nous encourageait…

 

Sébastien Broucke

15 & 17 octobre 2013

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